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RÉFLEXIONS 
Confiance et histoire économique

Confiance et histoire économique Dans son ouvrage de référence publié en 1995, Trust: The social virtues and the creation of prosperity, Fukuyama étudie les relations existant entre les vertus sociales et la prospérité économique. Il situe au cœur de celles-ci, la confiance. Pour lui, “l’une des leçons majeures que l’on puisse tirer de l’étude de la vie économique c’est que la prospérité d’une nation et sa compétitivité sont conditionnées par une caractéristique culturelle omniprésente : le niveau de confiance propre à la société”. A travers plusieurs exemples tirés de l’histoire plus ou moins récente, il montre qu’une économie en expansion est d’abord une communauté dans laquelle la confiance en surpassant les intérêts personnels conduit des individus à l’intégrer. Ainsi, dans une société comme les Etats-Unis, où l’individualisme et l’antiétatique font autorité, Fukuyama attribue la constitution de grands groupes industriels à la généralisation de la confiance sociale. Les Américains qu’ils soient patrons ou ouvriers ont su dépasser leurs intérêts familiaux et individuels immédiats pour bénéficier des retombées positives de l’association. Cela est non seulement vrai dans l’industrie - les premières multinationales dans le temps et par leur chiffre d’affaires sont américaines - mais aussi dans les domaines religieux, syndical, scolaire, universitaire ou caritatif. Dans la société française, la quasi-absence de corps intermédiaire entre la famille et l’Etat a conduit ce dernier à diriger l’économie. La confiance dans le secteur public en se substituant à la confiance défaillante du secteur privé permet à l’industrie française d’être l’une des plus performantes du monde. En contrepartie, celle-ci s’accommode d’une dépendance peu ou prou forte. Dans les sociétés chinoises, le rôle de l’Etat a été tout aussi prépondérant. En référence au confucianisme ancestral enseignant la suprématie de la famille sur tout autre lien social, l’Etat s’est chargé de créer les grandes entreprises et d’instiller les investissements étrangers. Par conséquent, en République Populaire de Chine, les grandes entreprises sont d’abord publiques. Dans une moindre mesure, Taïwanais et Singapouriens ont éprouvé de grandes difficultés à fonder de grandes structures non familiales. Seul Hong Kong a semblé déroger à la règle avec un Etat minimaliste, et Fukuyama de remarquer que ses entreprises sont relativement moins grandes.

 


 

PME antillaises et Union européenne : Des relations à développer

 

Propos liminaire : Il est de bon ton de déplorer la faible présence des petites et moyennes entreprises (PME) antillaises sur les marchés de la Caraïbe. Que dire alors de leur présence sur les marchés européens ? Et pourtant…

 Le 6 juin 2009, les départements et les collectivités d’outre-mer votaient pour élire leurs représentants au Parlement européen.  Les résultats ont confirmé l’opacité de la règle électorale et surtout le peu d’intérêt des populations pour ces joutes européennes.

Un mois plus tôt, avait lieu la première Semaine européenne des PME (du 6 au 14 mai 2009 en Martinique). Le sentiment général qui transparaît est le peu d’affinités des Petites et Moyennes Entreprises antillaises avec l’Europe. Elles peuvent parfois se sentir oubliées par une Europe, il est vrai, éloignée tant par la distance que la culture.

Et pourtant, une PME domiciliée en Guadeloupe ou en Martinique est aussi une PME européenne. Elle s’inscrit de fait dans un mouvement général - celui de la construction européenne.

L’enjeu pour les PME des Antilles françaises est de trouver et occuper leur place en Europe, tout en vérifiant que l’union n’est pas synonyme de fusion (perte de contrôle de l’entreprise) ou de suppression des spécificités (appartenance au bassin caribéen).

 

 

Le temps des PME est arrivé

Pour se familiariser avec l’idée d’union, faisons un détour dans le passé.

L’idée d’union en Europe n’est pas récente. Victor Hugo en août 1848 disait déjà : « Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne ». Sa prophétie, Russie exceptée, devait commencer à se réaliser deux guerres mondiales plus tard, juste après la seconde. Au sortir de la seconde guerre mondiale, en 1945, Jean Monnet, alors ministre du  commerce du gouvernement provisoire débute l’ouvrage. Il est suivi de près par Robert Schuman, celui-là même qui est cause de la fête de l’Europe. En effet, cette date du 9 mai a été choisie car le 9 mai 1950, Robert Schuman a fait une déclaration qualifiée d’historique : «  L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ».

Dans la progressive construction européenne, le temps des PME est arrivé, et il appartient aux PME antillaises de ne pas se contenter d’en être les spectateurs.

Depuis le premier janvier 2005, une nouvelle définition des PME est entrée en vigueur dans l’Union européenne, et s’applique donc aux Antilles françaises.

Sous le vocable PME, on retrouve trois entités : les moyennes entreprises, les petites entreprises et les micro entreprises. Une moyenne entreprise se définit comme une entreprise employant moins de 250 personnes et ayant soit un chiffre d’affaires annuel ne dépassant pas 50 millions d’euros, soit un total du bilan n’excédant pas 43 millions d’euros. Une petite entreprise se définit comme une entreprise employant moins de 50 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan n’excède pas 10 millions d’euros. Enfin, une micro entreprise se définit comme une entreprise employant moins de 10 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan n’excède pas 2 millions d’euros.

L’intérêt de l’Union européenne pour les PME n’est en rien une surprise, tant il était difficile d’ignorer plus longtemps leur poids économique. D’après les chiffres de la Commission européenne, 99% des entreprises en Europe sont des PME. 90% de ces PME sont des micros entreprises, c’est-à-dire des entreprises, ayant moins de 10 salariés. Toutefois, ces 90% totalisent 53% des emplois dans toute l’Europe.

 


 

 

La réflexion économique, une denrée rare en temps de crise

Propos liminaire : Les temps de crise sont propices à bien des analyses sociologiques, psychologiques, culturelles, anthropologiques et politiques. Si celles-ci doivent occuper pleinement leur place ou espace, elles ne sauraient se substituer à la nécessaire réflexion économique. Cette réflexion économique, non exclusive des autres sciences sociales, n’est pas univoque. En fonction du paradigme de départ, il est possible de démontrer qu’une même action économique n’aura pas les mêmes effets, sans que l’on puisse mettre en cause la rigueur de l’auteur de la démonstration. Par conséquent, la véritable réflexion économique s’accommode fort mal de la pensée unique.

Il est difficile d’échapper au vocabulaire économique même lorsque l’on se défend d’être un initié. Dans les revendications sont ainsi mis en avant les concepts de prix, de différentiel de prix, de biens et de services, de produits de première nécessité, de profit ou plus exactement de superprofit, de monopole, d’oligopole, de salaire, d’emploi, de chômage, de production, d’importation. La liste serait très longue, s’il me fallait être exhaustif. L’usage de ces concepts confirme qu’il est bien question d’économie et osons le dire de sciences économiques. Pour autant, suffit-il d’employer des mots, pour devenir des économistes, c’est-à-dire des spécialistes qui grâce à une certaine maîtrise des sciences économiques sont en mesure de mener une réflexion rigoureuse. Cette question serait nulle et non avenue si à la lecture ou à l’écoute de plusieurs analyses syndicales, sociologiques, politiques ou autres ne subsistait la désagréable impression d’un travestissement de la chose économique. Il ne s’agit pas ici de dire que la réflexion économique serait un domaine réservé des seuls économistes.

 

 


 

Se méfier des opinions majoritaires sur les entreprises


Propos liminaire : Il devient de plus en plus difficile de dire des choses quelque peu différentes sans que l’on vous prête une sordide affiliation avec les puissances d’argent, les maîtres de la Martinique ou les colonisateurs. Pour aller droit au but, je vais donc éviter de m’étendre sur le caractère juste de la grève et sur l’irrationalité d’un grand nombre de prix en Martinique et dans les autres DOM. Je vais donc également faire l’impasse sur les problèmes que pose la couleur ou la non couleur de nombre de personnes à des postes à responsabilité tant dans le privé que dans le public. Je me tairai tout autant sur nos rares insuffisances.
Je souhaite me concentrer ici sur l’une des choses que je crois savoir en tant qu’observateur et néanmoins modeste acteur de la vie économique et sociale de la Martinique : En matière d’opinion sur les entreprises privées, attention aux opinions majoritaires !



En écoutant les uns et les autres, j’ai l’impression qu’aujourd’hui tout le monde sait que « 95% des entreprises ont moins de dix salariés ». Selon les statistiques ICS de l’INSEE pour l’année 2005, sur l’ensemble des secteurs marchands de l'industrie, de la construction, du commerce et des services, la Martinique compte 1 167 entreprises de 10 salariés et plus, 5 887 entreprises qui ont entre 1 et 9 salariés, et 21 776 entreprises qui n’ont aucun salarié. Cela représente en pourcentage respectivement 4%, 20% et 76%. Quand on dit donc que « 95% des entreprises ont moins de dix salariés » c’est évidemment juste, mais cela ne masque-t-il pas la réalité ? En fait, seulement 24% des entreprises ont au moins un salarié. Je me suis légitimement demandé si ce pourcentage était faible, voire trop faible. Souffrez donc que j’ose quelques comparaisons.

 


 

 

Offre, demande et niveau général des prix

Propos liminaire : Dans une économie de marché, il est difficile de remettre en cause la loi de l’offre et de la demande, à quelques exceptions près. Cette loi nous dit que sur un marché, la confrontation de l’offre et de la demande d’un bien détermine le prix de ce bien et la quantité échangée. Pour un bien donné, lorsque l’offre (quantité offerte par les entreprises) augmente par rapport à la demande (quantité demandée par les consommateurs), l’équilibre du marché se fait grâce à la baisse du prix. Lorsqu’au contraire la demande augmente par rapport à l’offre, l’équilibre est trouvé consécutivement à une hausse du prix. Il arrive toutefois qu’il n’y ait pas d’équilibre. A un prix donné, le déséquilibre observé s’appelle alors pénurie quand la demande reste supérieure à l’offre, et surplus dans le cas contraire.

 

Prix et pouvoir du consommateur

Au-delà de la « profitation », l’une des explications de l’irrationalité de certains prix en Martinique réside dans l’existence d’une demande peu sensible ou faiblement élastique aux niveaux des prix. Autrement dit, une augmentation de prix n’entraîne pas de baisse significative de la demande. Sans contrôle de prix, c’est en grande partie la prise de conscience et surtout le refus des personnes en mesure de payer au prix affiché qui empêchent les dérives inflationnistes. Les personnes non ciblées par les entreprises (celles qui n’ont pas les moyens de se payer un bien ou ne sont pas intéressées par ce bien) n’ont que peu ou pas de moyen de pression.

Les produits de première nécessité n’échappent pas à cette logique. Si une grande partie des personnes en mesure de payer un yaourt à 3,15 €, refuse de consommer à ce prix, il n’y a pas de secret, soit la grande et moyenne surface acceptera de baisser son prix pour continuer à le vendre, soit elle décidera de retirer de ses linéaires un produit dont les invendus lui coûteront plus chers. Pour les services, le problème est plus complexe car le pouvoir du consommateur est moins fort, les coûts liés aux invendus étant autrement moins élevés que pour les produits. Pour peu que la structure du marché soit monopolistique (une entreprise) ou oligopolistique (très peu d’entreprises), c’est le degré de nécessité d’un service qui influera sur les prix.

Lorsque c’est un service de première nécessité (distribution de l’eau), le consommateur peut difficilement lutter, et ses armes peuvent malheureusement se retourner contre lui (qualité moindre, risque sanitaire…). Lorsque c’est un service secondaire voire superficiel (forfait mobile de 4h ou abonnement à des chaînes de télévision privées), il a tout loisir de refuser l’acte d’achat dans l’espoir que ce refus induira une baisse du prix.

 

 

 

 

 




Quoique de tradition confucéenne, la société japonaise n’a pas eu une confiance en la famille qui se serait développée au détriment d’une confiance générale en la société. La force des liens familiaux n’a pas empêché les associations entre individus non apparentés. La confiance à la japonaise a donc favorisé la création de très grandes entreprises privées (Keiretsu) ne répugnant pas à intégrer des étrangers. Toutefois, le Japon doit son développement économique pour une grande part à l’intervention de l’Etat, à l’instar du MITI (ministère japonais du commerce international et de l’industrie). En fait, il a des caractéristiques communes avec des pays aussi différents que les Etats-Unis, la France, et la Chine. Ses spécificités culturelles comme l’attitude de soumission face à l’autorité et surtout un niveau élevé de confiance l’ont amené à connaître en quelques décennies une croissance sans précédent. La confiance semble au cœur de la prospérité économique. Cette confiance multiforme naît non pas d’un ensemble de règlements ou d’avantages potentiels, mais des valeurs partagées par une communauté comme la culture, l’éthique ou la morale.   A la lumière de ces expériences internationales, la faiblesse de la confiance en Martinique ou en Guadeloupe permet de comprendre les difficultés rencontrées pour s’associer autour de projets communs fussent-ils publics, et en particulier, explique au moins en partie la surreprésentation des très petites entreprises et autres auto-entrepreneurs sous nos latitudes. Teddy JEAN-BAPTISTE, Docteur en Sciences Economiques




  

 


 

En Martinique, 99,7% des entreprises sont des PME, 94% étant des micros entreprises. En Guadeloupe, les statistiques sont similaires (respectivement 99,8% et 95%). Le pourcentage de micros entreprises est donc en moyenne plus élevé aux Antilles qu’en Europe continentale. Autre différence significative : la notion de très petites entreprises (TPE) y est davantage mise en avant, ce qui modifie les ordres de grandeur. Il est en effet rare dans ce contexte insulaire qu’une entreprise d’une quarantaine d’employés soit considérée comme une « petite entreprise » au sens de l’Union européenne.

Un dispositif européen d’aides et de financements pour les PME antillaises

Consciente des difficultés que rencontrent les PME européennes pour trouver des aides et des financements quand elles désirent se développer ou s’implanter dans d’autres pays membres, l’Union européenne a par conséquent proposé un ensemble de mesures :        

  • Financement à partir d’instruments financiers nommés JEREMIE, JASMINE, Projet cadre pour l’innovation et la compétitivité (CIP) ou prêt de la BEI.
  • Aide technique par le truchement des chambres de commerce et d’industrie et le réseau Enterprise Europe Network. Ce dernier intervient auprès de la PME notamment pour la collecte d’informations sur les politiques ou les programmes et législations communautaires ; pour la recherche de partenaires commerciaux et des bases de données de coopération ; pour l’organisation de rencontres de partenariat en vue de transferts de technologies et de connaissances. 
  • Programme Erasmus pour les jeunes entrepreneurs. Il s’agit à travers ce programme de permettre à des jeunes entrepreneurs (au sens de l’expérience) de travailler pendant quelques mois avec un entrepreneur de PME plus expérimenté évidemment dans un autre pays membre de l’Union.
  • Système d’information. Il est possible de trouver de très nombreuses informations dans les 23 langues officielles de l’Union. S’agissant des PME, l’Union a un site qui s’intitule L’Europe est à vous – Entreprises (ec.europa.eu/youreurope/business/index_fr.htm). Sur ce site, on trouve des informations pratiques et des services administratifs en ligne destinés aux entreprises qui souhaitent exercer leurs activités dans un autre pays de l'Union européenne. Les infos concernent les aspects économiques, financiers et juridiques de la création d’entreprise, la comptabilité, les impôts ou les normes. Le service est fourni conjointement par la Commission européenne et les autorités nationales. L’interface est très dynamique et au gré de quelques clics, on obtient des informations officielles pertinentes.

L’essentiel de ces mesures s’applique en Martinique ou en Guadeloupe et s’ajoute aux fonds européens relativement mieux connus. Dans la nouvelle programmation 2007-2013 de ces fonds, les Documents uniques de programmation (DOCUP) laissent la place aux programmes opérationnels (PO). Deux fonds structurels sur quatre subsistent : le FEDER (Fonds européen de développement régional et le FSE (Fonds social européen). Les deux autres fonds structurels FEOGA et IFOP disparaissent et sont remplacés par des fonds qui ne sont plus sur la liste des fonds structurels, à savoir le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et le Fonds européen pour la pêche (FEP).

Aucun secteur n’est donc a priori exclu, et une PME domiciliée aux Antilles peut bénéficier du dispositif européen pour commercer avec d’autres entreprises européennes ou s’implanter dans n’importe quel pays membre de l’Union.  Cela signifie l’accès à 500 millions de consommateurs répartis dans 27 pays sur une surface de 4,326 millions de km².

La tentation est toujours grande d’opposer les potentialités de la Grande Caraïbe et celles de l’Europe. Point n’est besoin d’y succomber, car, qu’elles soient martiniquaises, guadeloupéennes ou saint-martinoises, les PME antillaises sont à la fois européennes et caribéennes.

Teddy JEAN-BAPTISTE, Docteur en Sciences Economiques

 

 

 

 


 

 

 

Une vulgarisation peut d’ailleurs être une réelle avancée dans la formation de l’Homme ! Cependant, la réalité est tenace, et l’enchaînement des mots dilués dans des analyses parfois complexes conduit que trop rarement à une réflexion économique utile. Pis, les enseignements qui y sont hardiment tirés sont parfois antiéconomiques.

Autre problème plus sournois : Que de décisions prises en temps de crise sans analyse économique dynamique, comme si l’homme était condamné à n’avoir d’égard que pour le court terme. Si selon le bon mot de John Maynard Keynes, « à long terme, nous sommes tous morts », nos enfants et petits enfants, eux, seront peut-être encore là. Dans cette optique, on peut douter de l’efficacité de certaines mesures qui en plus de leurs impacts de court terme auront des effets à plus long terme. Que l’on ne se méprenne pas. Il existe des décisions qui ne peuvent attendre, et les conflits notamment sociaux impliquent presque toujours des décisions qui sont davantage le fruit de rapports de force que de mûres réflexions. Doit-on pour autant sans discernement traiter indifféremment ces décisions là avec toutes les autres ?

On peut par conséquent déplorer la place étriquée de la réflexion économique dans la plupart des compromis de sortie de crise. A la vérité, aucune des parties d’un conflit ne devrait se priver du concours d’au moins un économiste reconnu comme tel. Quelle que soit leur sensibilité politique ou idéologique, les économistes restent les mieux armés pour mener des réflexions économiques abouties, à coup sûr, utiles à leur pays.  

 Teddy Jean-Baptiste, Docteur en sciences économiques

 

 

 


 

 

En Guyane, le pourcentage est identique à celui de la Martinique, les 2086 entreprises guyanaises ayant au moins un salarié représentant 24% du total en 2005. Chez notre sœur la Guadeloupe, ce pourcentage tombe à 19%, avec un bémol puisque ces 19% représentent tout de même 8 180 entreprises contre 7 053 en Martinique.

La Guadeloupe doit ce faible pourcentage à l’étonnante vitalité des entreprises sans salarié (35 411 en 2005 – Ce nombre est élevé car il dépasse le nombre total d’entreprises tant en Martinique qu’à la Réunion !). A la Réunion, dont l’exemple insupporte parfois, c’est 35% des entreprises (11 921) qui ont en leur sein au moins un salarié.

Si on laisse les DOM pour s’intéresser à la France hors DOM. En moyenne, 43% des entreprises ont au moins un salarié, l’Alsace étant en tête avec 51%, et l’Ile-de-France refermant le palmarès avec 37%. Nul doute, que ces chiffres masquent des réalités différentes. Pour compléter mon analyse, je me suis donc intéressé aux régions françaises hors Dom ayant un nombre total d’entreprises comparable à celui observé dans les DOM. La Corse et le Limousin répondent favorablement à ce dernier critère. Sur les 31 456 entreprises limousines, 46% ont au moins un salarié, et sur les 21 296 entreprises corses en 2005, ce pourcentage est de 39%.

Conclusion de tout cela, les DOM des Amériques (puisque la Réunion semble devoir une fois de plus se distinguer) pâtissent d’un nombre trop faible d’entreprises ayant au moins un salarié et par extension créatrices d’emploi.

Raisonnement prosaïque ou simple règle de bon sens. En Martinique, et peut-être encore plus en Guadeloupe, il faut se méfier des opinions majoritaires sur les entreprises privées. Et là, point n’est besoin de parler de fonctionnaires ou d’élus, tout juste de la grande majorité d’entreprises qui n’a qu’une idée très imparfaite des enjeux réels auxquels sont confrontées les 20% d’entreprises ayant entre un et neuf salariés et les 4% d’entreprises ayant dix salariés et plus.

Teddy Jean-Baptiste, Docteur en sciences économiques

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Quelques pistes pour agir sur les prix

Compte tenu de la loi de l’offre et de la demande qui s’impose y compris dans une économie de marché made in Martinique, si l’on veut au moins se diriger vers un niveau général des prix acceptable pour la population, nous pourrions prendre en compte les cinq pistes qui suivent :  Piste 1 : Les consommateurs martiniquais devraient user de leur pouvoir de ne pas acheter, et donc être prêts parfois à se passer de certains biens. J’ai la faiblesse de croire que quand cela est possible, c’est de loin la meilleure arme.  Piste 2 : Les consommateurs martiniquais devraient davantage mettre en concurrence les entreprises martiniquaises, d’abord entre elles, puis avec les autres (entreprises guadeloupéennes notamment et internet). Cette piste est à la fois radicale et dangereuse. Radicale car elle élimine de facto les « profiteurs ». Dangereuse car sans conscience nationale, on peut oublier que les entreprises martiniquaises distribuent des salaires aux martiniquais, se fournissent auprès d’autres entreprises martiniquaises, assurent un service après-vente aux martiniquais, et ne sont pas toujours en mesure de lutter à armes égales avec des entreprises évoluant dans des contextes plus favorables.  Piste 3 : L’observatoire des prix devrait pleinement remplir son rôle, sous les yeux vigilants des pouvoirs publics et des associations de consommateurs. Il me semble essentiel que cet observatoire ne se contente pas d’observer ce qui se passe. Il lui faudra chercher à comprendre la formation des prix, et les enjeux réels d’une situation de marché. Toute conclusion hâtive ou injustifiée fragiliserait la crédibilité de cet outil dans lequel à mon avis il ne faudrait toutefois pas fondé de trop grand espoir.  Piste 4 : Les entreprises qui n’ont rien à se reprocher ou presque devraient être plus pédagogues voire transparentes quant à la formation de leur prix, à la réalité des surcoûts qu’elles supportent, et à la nécessité de réaliser des bénéfices pour se développer ou plus souvent se maintenir dans un monde de plus en plus concurrentiel. Par contre, les entreprises « profiteuses » devront se remettre en cause et changer de comportement en baissant de manière significative leurs prix.  Piste 5 : Pédagogie et transparence sont d’ailleurs deux points sur lesquels les pouvoirs publics devraient donner l’exemple. Les pouvoirs publics (Etat, collectivités locales) pourraient expliquer le niveau de certaines taxes et cotisations, le niveau de certains prix pratiqués par leurs établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) ou autres délégataires de service public. Ils pourraient dire pourquoi il est si difficile de titulariser un employé, même sans hausse de salaire de 200 €. Ils pourraient dire pourquoi ils n’ont ni les moyens ni d’ailleurs la volonté d’être les seuls employeurs de Martiniquais. Enfin, les pouvoirs publics pourraient dire pourquoi aucune politique de développement pertinente ne se fera sans le concours fort des entreprises.

Quelques pistes seulement - Il y en a bien d’autres, mais à chacun sa pierre ! Les efforts et contributions de part et d’autres devraient avoir une incidence significative sur le niveau général des prix. Mais fondamentalement, ils aideraient chacun à se montrer responsable, en ne prenant plus le risque que sur l’autel de « légitimes » et « historiques » négociations soit sacrifié l’avenir de centaines d’entreprises, de milliers de salariés et de milliers d’élèves.

Teddy Jean-Baptiste Docteur en sciences économiques

 

 

 

   
   
 
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